séduire flatter piéger ignorer recevoir donner espérer dépendre décevoir effrayer s'écrouler se détourner
Et décrire de gracieuses boucles serpentines autour d'eux et autour de moi... Stopper net, être prise au mouvement hypnotique de la balançoire. De grands mouvements de jambes qui ne servent qu'à
décrire de presque parfaits demi-cercles. Du surplace, toujours. Jusqu'à se lasser, se détacher, ou être éjectée d'un coup sec. Et passer à un autre, toujours les mêmes absurdités, les mêmes
impossibilités confortables, les mêmes trouilles de faire le cercle complet pour une fois rien qu'une fois.
Il est 2h17, la ville est falsifiée. Les lumières qui l'éclairent la font ressembler à un décor de cinéma, sans les
figurants. Silence imparfait. J'avance sur un trottoir vide, je traverse sans regarder. Je pourrais me coucher sur la route. Je passe sous un lampadaire, et son rayon jaune me rend à mon tour
irréelle. Des figurants surgissent, sans bruit. D'abord un jeune homme qui croise ma route l'air absent, et puis un autre qui rentre chez lui. Un troisième enfin, qui suit la même rue que moi. Une
voiture attend au feu rouge. Nous marchons ensemble, pas côte à côte mais décalés, il avance plus vite sur ses longues jambes. Je me laisse distancer, nous longeons un mur aveugle, puis il
disparaît. Je m'approche, je vois un portail, un renfoncement dans la façade, je poursuis, tournant la tête et il est là, contre le portail fermé. Il attend quelque chose. Que je sois passée, pour
me suivre, que je m'éloigne pour rester seul dans cette nuit masculine. Qu'on lui tende un paquet, qu'on lui donne la clé de la salle des machines du monde de la nuit.
Assis sur une boule minuscule à sa taille, il observe, genoux repliés contre lui en position instable le monde autour. Son orbite est telle que
tout tourne autour de lui et qu'il fait son chemin lentement, semblant regarder tout le monde s'éloigner.
Filet de bave auquel reste accrochée une miette emprisonnée. Ainsi sa carcasse déchéante, grimaçante en un rictus fiévreux, garde l'esquisse invalide du dernier solide qu'il a cru ingérer, sans
pouvoir le garder. Son crâne est bosselé et la trépanation est comme la marque ancienne du troisième œil, celui qui voyait ce qui ne sera bientôt plus entre ses lèvres, la vie invisible.
La crudité est dite; dans la cuisine des entractes amoureux incertains.
Dans nos vies désemparées, où chacun doit valoir quelque chose et devient finalement insignifiant du trop plein de sens accordé à son existence, le cancer est une de ces formes pathétiques de
batailles qui s’engagent et où l’individu a la sensation d’exister plus intensément, un peu comme un shoot de drame ou une célébration exagérée de la vie.
Chacun son cancer, et on peut même varier, il y en a plusieurs formes ! les agressifs qui tuent en quelques semaines, les sournois qui font semblant de guérir, les longs et douloureux, ceux qui ne
lâchent leur victime qu’une fois celle ci vidée de toute étincelle.
Face à ces héroïsmes de pacotille, il y a ceux qui sont désabusés, et qui en créent un cancer, monstre né de leur cynisme trop aigre.
Néant intersidéral des moments de création. D'un coup d'un seul tout semble avoir déjà été dit. Les mots de mon esprit ne veulent plus rien dire et il
faut pourtant avancer. Encore. L'impression que si tout s'arrête, même momentanément, tout devra recommencer depuis zéro, depuis ce néant qui me guette.
Tout semble simple à l'extérieur, dans un ostracisme infini. L'idée est là qui me guette, autant que je la guette. Mais nous ne pouvons nous rencontrer, comme les fantasmes que j'affabule et la
réalité qui se pare de ses plus belles toilettes du morne et terne.
J'observe le pain coupé nettement, proprement. Posé à côté du sachet en papier kraft.
Sur la table. Je m'accoude sur le picotement des miettes . Impression de vide, à la fois nette et floue. Tressaillement de ma jambe gauche qui m'empêche d'écrire. Ou bien est-ce le grésillement du
poste de radio. J'éteins, je me rassieds. J'ai encore le goût de la cigarette que je viens de finir. J'entends les rumeurs de la ville, côté cour. Me reviennent les souvenirs mous des jours passés.
Certains me heurtent, d'autres sont plus doux. Le mélange me donne la nausée. Le futur qui bouscule mon présent me fait peur. Impression d'impuissance. Je me noie, accueillie dans un liquide
maternel et glacé. Je ne sais pas comment je vais émerger. Avec le temps sans doute. Les soucis matériels et les imbroglios sentimentaux se mêlent. Je vomis des larmes, je pleure du vomi acide.
J'ai mal au ventre. J'ai besoin de parler, qu'on me rassure. Je ne veux pas choisir. Je ne supporte pas que les choses s'imposent à moi. J'ai mal de tout cela. J'ai la gorge nouée dans le goût du
tabac.
Quelle heure est-il en Australie ?
Quelle heure est-il à Miami ?
Et au Pérou ?
Ils sont où ces mérous
Ils sont où tous ces roux
Par la fenêtre sonne l'hallali
Je me change en petite Lili
Faites entrer la cavalerie
Détruisez ces mères, vous.